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Introduire les allergènes chez bébé : quand, comment, et quoi surveiller

Arachide, œuf, poisson : à quel âge les offrir à bébé, à quel rythme, sous quelle forme, et quels signes demandent le 911, selon l’INSPQ et la SCP.

La réponse courte

Au Canada, on recommande d’offrir les aliments qui causent le plus souvent des allergies, comme l’arachide et l’œuf, vers 6 mois, en même temps que les autres aliments, quand bébé montre qu’il est prêt à manger. Pas avant 4 mois, et pas plus tard « pour être prudent » : la Société canadienne de pédiatrie (SCP) et l’INSPQ indiquent que retarder ces aliments ne prévient pas les allergies. On les offre un nouvel allergène à la fois, on observe bébé, puis, s’il les tolère, on les garde au menu quelques fois par semaine.

Cet article résume ces recommandations et renvoie aux pages officielles, à la fin. Il ne remplace pas l’avis de votre médecin, surtout si votre bébé a déjà eu une réaction.

Quels aliments sont des « allergènes prioritaires » ?

Deux listes circulent, et elles n’ont pas le même rôle.

La liste de l’INSPQ, pour l’alimentation de bébé. Le guide Mieux vivre avec notre enfant nomme les aliments les plus susceptibles de causer une allergie chez l’enfant : les œufs, les arachides, les noix, le poisson et les fruits de mer, et les protéines du lait de vache.

La liste de Santé Canada, pour les étiquettes. Santé Canada désigne des « allergènes prioritaires » qui doivent figurer sur l’étiquette des aliments : œufs, lait, moutarde, arachides, crustacés et mollusques, poisson, graines de sésame, soja, noix, blé et triticale, ainsi que les sulfites. C’est une liste d’étiquetage, pas un calendrier d’introduction, mais elle sert de bon aide-mémoire : en retirant les sulfites (un additif, pas un aliment à introduire), il reste dix aliments à faire découvrir peu à peu.

Quand commencer ?

Les premiers aliments arrivent vers 6 mois, quand bébé tient sa tête, s’intéresse à ce qu’on mange et peut garder la nourriture dans sa bouche. L’INSPQ conseille de commencer par des aliments riches en fer et d’introduire les allergènes en même temps que les autres aliments, sans les repousser.

Pour les bébés à risque plus élevé, la SCP donne une précision. Un bébé a un risque plus élevé s’il a de l’eczéma, ou si un parent, un frère ou une sœur a une maladie allergique. La SCP recommande d’offrir à ces bébés, à la maison, des aliments comme l’œuf cuit et l’arachide vers 6 mois, mais pas avant 4 mois. Elle ne recommande pas de faire des tests d’allergie avant d’introduire un aliment, et rappelle qu’une réaction grave au tout premier essai est très rare. Si votre bébé a un eczéma important ou a déjà réagi à un aliment, parlez-en à votre médecin avant de commencer.

Autres points qui font consensus :

  • L’allaitement peut se poursuivre pendant la diversification. Changer l’alimentation de la mère pour prévenir les allergies n’est pas recommandé.
  • Le lait de vache comme boisson attend 9 à 12 mois, selon l’INSPQ, même si les produits laitiers (yogourt, fromage) peuvent arriver plus tôt dans les aliments.

À quel rythme ?

Ici, les sources canadiennes ne disent pas toutes la même chose :

  • l’INSPQ et la position 2021 de la SCP acceptent d’introduire les nouveaux aliments, allergènes compris, des jours consécutifs ;
  • la fiche Soins de nos enfants de la SCP propose plutôt un nouvel allergène par jour, puis deux jours d’attente avant le suivant.

Le point commun : un seul nouvel allergène à la fois, puis on observe bébé. Offrir un nouvel allergène le matin ou le midi, plutôt que juste avant le dodo, laisse le temps de le surveiller. Si deux nouveaux aliments arrivent le même jour et qu’une réaction survient, on ne saura pas lequel l’a causée.

Une fois l’aliment bien toléré, l’important est de continuer à l’offrir régulièrement, quelques fois par semaine, en quantité adaptée à l’âge. Un allergène essayé une fois puis oublié pendant des mois ne compte pas beaucoup.

Sous quelle forme ?

La texture compte autant que le moment. Les arachides, les noix et les graines entières sont un risque d’étouffement jusqu’à 4 ans, selon l’INSPQ. Quelques façons d’offrir les allergènes courants, inspirées des fiches de la SCP :

  • Arachide : du beurre d’arachide lisse, dilué avec un peu d’eau, de lait maternel ou une purée que bébé connaît déjà. Pour un bébé plus vieux, étalé en couche mince sur une croûte de pain. Jamais de cuillerée de beurre d’arachide épais, collant et difficile à avaler.
  • Œuf : bien cuit, écrasé ou en petits morceaux tendres.
  • Poisson : cuit, sans arêtes, émietté.
  • Noix : en beurre lisse ou moulues finement dans une purée, jamais entières.
  • Blé, soja, sésame : dans des aliments déjà adaptés à bébé (céréales pour bébés, tofu, beurre de sésame lisse dilué).

L’INSPQ rappelle aussi de couper les raisins en quatre et de râper les carottes et le céleri crus, pour les mêmes raisons.

Les signes d’une réaction, et quoi faire

La plupart des bébés tolèrent très bien ces aliments. Il vaut quand même mieux savoir reconnaître une réaction. La fiche Soins de nos enfants cite notamment de l’urticaire (plaques qui piquent), des démangeaisons dans la bouche, des vomissements, de la diarrhée ou des crampes, une enflure du visage ou de la langue, et de la difficulté à respirer. Une réaction grave survient en général de quelques minutes à 2 heures après le repas. L’INSPQ précise que d’autres réactions, plus tardives (diarrhée, sang dans les selles, grande irritabilité), peuvent apparaître quelques jours plus tard.

L’organisme Allergies Québec offre aussi une ligne d’information aux familles : 1 800 990-2575.

Que noter pendant la diversification ?

Sur quelques mois, on offre des dizaines d’aliments, et plusieurs personnes nourrissent bébé : la garderie, les grands-parents, la gardienne. Quelques notes simples évitent bien des « est-ce qu’on lui a déjà donné du poisson ? » :

  • l’aliment et la date du premier essai, surtout pour les allergènes ;
  • comment ça s’est passé : bien toléré, ou ce qu’on a remarqué, et combien de temps après ;
  • les allergènes déjà offerts, et ceux qui restent à essayer ;
  • la fréquence : un allergène toléré qu’on n’a pas offert depuis longtemps est un bon rappel.

Si une réaction survient, ces notes sont exactement ce que le médecin demandera : quoi, combien, à quelle heure, et ce qui s’est passé ensuite.

En résumé

  • Vers 6 mois, en même temps que les autres aliments ; pas avant 4 mois ; pas de retard « préventif ».
  • Un nouvel allergène à la fois, puis on observe ; ensuite, quelques fois par semaine.
  • Des textures sécuritaires : jamais d’arachides ni de noix entières avant 4 ans.
  • Signes graves : 911. Doute : Info-Santé 811 ou votre médecin.

Pour la suite de l’alimentation de bébé, voyez notre article sur l’horaire des boires du nouveau-né, et le site Naître et grandir pour des idées de premiers repas.

Questions fréquentes

À quel âge introduire les allergènes chez bébé ?

Vers 6 mois, en même temps que les autres aliments, quand bébé montre qu’il est prêt. La Société canadienne de pédiatrie précise qu’il ne faut pas commencer avant 4 mois, et qu’attendre plus tard pour prévenir les allergies n’est pas recommandé.

Faut-il attendre quelques jours entre deux allergènes ?

Les sources canadiennes ne disent pas toutes la même chose : certaines proposent d’attendre deux jours, d’autres, comme l’INSPQ, acceptent des jours consécutifs. Ce qui fait consensus : un nouvel allergène à la fois, puis on observe bébé.

Comment offrir le beurre d’arachide à un bébé ?

Jamais d’arachides entières, qui sont un risque d’étouffement jusqu’à 4 ans. La Société canadienne de pédiatrie suggère du beurre d’arachide lisse dilué avec de l’eau, du lait maternel ou une purée déjà connue, ou étalé finement sur une croûte de pain pour un bébé plus vieux.

Quels signes d’allergie demandent d’appeler le 911 ?

Selon l’INSPQ : des plaques rouges sur la peau avec un changement rapide de l’état général, des lèvres ou une langue enflées, de la difficulté à respirer ou des vomissements soudains. Faites le 911 tout de suite.

Une fois l’allergène toléré, faut-il continuer à l’offrir ?

Oui. L’INSPQ et la Société canadienne de pédiatrie recommandent de le garder au menu quelques fois par semaine, en quantité adaptée à l’âge.

Cet article informe ; il ne remplace pas l’avis d’un professionnel de la santé. En cas de doute, appelez Info-Santé 811. En cas d’urgence, faites le 911.

Sources

  1. Comment introduire les aliments ?, INSPQ
  2. Allergies alimentaires chez l’enfant, INSPQ
  3. Risques d’étouffement, INSPQ
  4. Document de principes (2021) : alimentation et prévention des allergies chez les nourrissons à risque élevé, Société canadienne de pédiatrie
  5. Point de pratique : quand introduire les aliments allergènes chez les nourrissons à risque élevé, Société canadienne de pédiatrie
  6. Allergies et intolérances alimentaires, Soins de nos enfants (SCP)
  7. Nourrir votre bébé pendant sa première année, Soins de nos enfants (SCP)
  8. Allergies alimentaires (allergènes prioritaires), Santé Canada